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Protectionnisme : le CAE estime qu’une guerre commerciale mondiale provoquerait une perte de PIB de 4% pour l'Union européenne

Avis de tempête sur le commerce international : quelle stratégie pour l’Europe ? Conseil d’analyse économique, 3 juillet 2018

03/07/2018

Face aux attaques américaines contre les règles multilatérales du commerce international, une guerre commerciale mondiale "ne peut plus être exclue". Elle pourrait avoir, selon les simulations des économistes du Conseil d’analyse économique, un impact sur l'activité "comparable à celui de la Grande récession de 2008-2009".

Les économistes du Conseil d’analyse économique évaluent l'incidence à long terme des politiques commerciales sur le commerce mondial et sur l'activité. A l'aide notamment de "nouveaux modèles quantitatifs de commerce", ils estiment l’effet moyen d’un accord commercial régional sur le PIB et les importations des pays signataires. Il examinent ensuite l'incidence de divers scénarios d'accords (ou de désaccords) commerciaux.

Deux scénarios de guerre commerciale tablent sur une hausse de 60 points de pourcentage des tarifs douaniers sur les produits manufacturiers entre les principaux pays du monde. Le scénario de "guerre commerciale totale" impose cette hausse des coûts à l'ensemble des partenaires mondiaux, sauf au sein de l'UE. Celui de "guerre commerciale limitée" n'applique la hausse qu'aux pays n'ayant pas signé d'accord commercial régional.

Les deux scénarios de guerre commerciale entraînent des pertes significatives de PIB

Cette perte de production permanente irait de -3,3% jusqu’à plus de -10% pour les pays les plus ouverts (et aussi souvent les plus petits). Pour les grands pays, l’impact varie de –3,3% du PIB pour la Chine à –3,5% pour les États‐Unis et –4,2% en moyenne pour l’UE, protégée par la taille de son marché intérieur. Au sein de l'UE, l'Allemagne (-4,4% en cas de guerre commerciale totale) serait un peu plus vulnérable que la France (-3,3%).

Dans ce contexte, la stratégie européenne devrait, selon les économistes du CAE, consister à défendre le multilatéralisme et àrepenser les accords commerciaux. Parmi leurs propositions :

Opposer des mesures de rétorsion proportionnées.
Proposer des négociations sur les "sujets légitimes" : déséquilibres macroéconomiques, réciprocité des engagements en particulier vis-à-vis de la Chine, mise à jour des règles sur les subventions, les entreprises d'Etat et sur le droit de la propriété intellectuelle.
A défaut de pouvoir dénouer le blocage américain, les auteurs invitent à fédérer un club de pays afin de trouver des "stratégies de contournement" et éviter une paralysie totale de l'OMC.
Continuer de négocier des accords commerciaux, à la fois pour les gains économiques traditionnels qu'ils procurent et aussi pour leur rôle de "police d’assurance" en cas de guerre commerciale. Mais ces accords devraient désormais intégrer d'autres objectifs, en particulier de coopération fiscale et environnementale.

Avis de tempête sur le commerce international : quelle stratégie pour l’Europe ?
Conseil d’analyse économique, Philippe MARTIN, André SAPIR, Sébastien JEAN – Les notes du Conseil d’analyse économique N°46, juillet 2018

Une estimation de l’impact des politiques commerciales sur le PIB par les nouveaux modèles quantitatifs de commerce
Conseil d’analyse économique, Vincent VICARD, Focus N°22, 3 juillet 2018

Voir également :

Report from the Commission to the Parliament and the Council on Trade and Investment Barriers, 1 January 2017 - 31 December 2017
Commission européenne, 26 juin 2018

Un chiffrage de l'impact des mesures de protection commerciale de Donald Trump
CEPII, Cecilia BELLORA, Sébastien JEAN, Gianluca SANTONI, La Lettre du CEPII N°388, juin 2018

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