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Compétitivité française : le chemin parcouru et ce qui reste à faire

- Échanges Internationaux, octobre 2017

09/10/2017

Denis FERRAND

La compétitivité est depuis bientôt 20 ans le principal chaînon manquant à la croissance de l'économie française. Denis Ferrand analyse les causes de ce décrochage historique, dresse un premier bilan des politiques récentes destinées notamment à contenir les coûts salariaux, et identifie les obstacles qu'il reste à lever pour restaurer les conditions de la compétitivité de nos entreprises.

Balance courante en % du PIB

Depuis le début du siècle, l’économie française a vu son tissu productif exportateur s’atrophier dans des proportions inédites sous le double effet d’une perte de part de marché à l’exportation et d’une pénétration accrue du marché intérieur.

Quelques chiffres :

- La baisse de 17 à 12% de la part des exportations françaises de marchandises dans celles de la zone euro équivaut à une perte de chiffre d’affaires de 150 milliards€ par an, soit 7 points de PIB.

- La France est le dernier des grands pays européens dont la balance courante est déficitaire, un déficit qui pourrait approcher 40 milliards€ en 2017.

• Notre dépendance extérieure s’accroît


- Dégager un excédent courant n’est pas un objectif en soi, c’est la permanence d’une situation déséquilibrée qui pose problème. Or, depuis 2005, le solde de la balance courante française présente un déficit récurrent : le niveau général de dépenses de l’économie excède structurellement ses revenus. Cette situation illustre la fuite en avant dans un endettement vis-à-vis de l’extérieur.

- Elle a pour conséquence une dégradation tendancielle de la position extérieure nette de l'économie française (soit la différence entre les actifs détenus sur le reste du monde et les engagements vis-à-vis de ce dernier). La position extérieure de la France s’est ainsi dégradée de plus de 22 points de PIB depuis 2002 et est désormais négative de près de 16 points de PIB.

• La dérive des coûts par rapport à l'Allemagne


- Les divergences de politique économique entre la France et l’Allemagne, principaux partenaires et concurrents au sein d’une même zone monétaire, constituent l’explication principale de la sous-performance française. Au début des années 2000, la France a conduit une politique malthusienne de réduction de l’offre de travail (loi sur la réduction du temps de travail), quand l’Allemagne s'engageait dans une réforme profonde du marché du travail tournée vers l'offre, combinée à une politique draconienne de maîtrise des coûts.

- Ces choix divergents ont entraîné une dérive des coûts relatifs dans l'industrie en particulier, secteur primo-exportateur. Alors qu'en 2000, le coût horaire de la main d’œuvre industrielle en France était inférieur de 15% à celui observé en Allemagne, cet écart avait totalement disparu douze ans plus tard, sans être compensé par l’émergence de nouveaux atouts.

- L’enjeu de la compétitivité ne se limite d'ailleurs pas à l'industrie, comme le montre le recul tendanciel de la part de la France dans les échanges de services européens. Les coûts salariaux dans les secteurs moins directement exposés à la concurrence internationale sont plus élevés en France qu’en Allemagne, en raison, comme dans l'industrie, de charges annexes plus lourdes. Or, les conditions de la compétitivité incluent l’ensemble du système de prix et de coûts.

• Le redressement de l’investissement productif est engagé


- Ces constats ont été progressivement partagés, au point de susciter la mise en œuvre de mesures pro-compétitivité lors du quinquennat de F.Hollande (CICE, Pacte de responsabilité). Ces mesures ont eu pour principal résultat la réduction de l’écart de compétitivité franco-allemand.

- Les coûts salariaux dans l’industrie en France sont redevenus inférieurs d'environ e 6% à ceux pratiqués en Allemagne. Comme ces baisses de coûts salariaux ont été peu répercutées dans les prix, les marges des exportateurs ont été en partie reconstituées, permettant l’entrée dans un cercle vertueux de redressement de l’investissement productif et de la compétitivité.

Trois questions se posent à ce stade :

- Quel est le mécanisme de restauration de la compétitivité ?

- Combien de temps prend-t-il ?

- Que reste-t-il à faire ?

 

• Restaurer la compétitivité par l'investissement : quel timing ?


Le choix de l’investissement vise à consolider l'appréciation plutôt positive de la qualité des produits français ou de leur contenu en innovation (Cf. notre enquête annuelle compétitivité ). Mais c’est une démarche qui ne peut porter ses fruits qu’à moyen long terme, là où une baisse des prix aurait pu avoir des effets bien plus rapides. A ce tire, une référence historique est utile à rappeler :

- L'expérience des années 80 : un processus de 5 ans.

Le début des années 1980 avait été marqué en France par une dégradation comparable, bien que moins profonde, de la compétitivité. Le solde des échanges extérieurs présentait un lourd déficit, attribuable en partie au choc pétrolier, mais qui relevait aussi d’une dégradation des positions du secteur industriel. Le tournant vers une politique de rigueur en 1983 avait permis une restauration progressive des résultats des entreprises, lesquelles avaient pris le tournant de l’investissement à partir de 1985-86, pour déboucher sur une remontée des parts de marché et un retour à une situation équilibrée des échanges extérieurs à partir de 1987-88.

- Les deux premières étapes de cette séquence ont été observées récemment (restauration de la situation financière, investissement en hausse), la dernière fait encore défaut.

Si l’on reproduit le délai observé dans les années 80, c’est à partir de 2018 que les premiers signes d’amélioration de la compétitivité pourraient se manifester. Toutefois, comparaison ne vaut jamais raison. Le tournant vers des politiques favorables à la compétitivité est peut-être venu trop tardivement. L’atrophie du tissu productif amorcé dans les années 2000 a pu l'amener sous un seuil critique où s’évaporent les conditions même de la croissance (formation, savoir-faire, économies d’échelle, etc.).

• Ce qui reste à faire …


- Fiscalité. Pour contrer le repli industriel, l'action du nouveau gouvernement pour une fiscalité du capital plus lisible, allégée et donc plus incitatrice à l’investissement productif est bienvenue. Mais, outre l’architecture kafkaïenne de la fiscalité du capital, notre système de prélèvements présente une seconde atypie : le poids très élevé de la fiscalité de production, supérieur de 3 points de PIB à celui de l'Allemagne. Cette atypie dommageable aux conditions de l’activité en France reste un des principaux angles morts des propositions de politique économique formulées durant la campagne électorale.

- Formation. Sur un autre plan, l’un des défis majeurs pour la restauration de la compétitivité à long terme consiste à retrouver les voies d’une formation efficace de la main d’œuvre. Les enquêtes internationales (PIAAC en particulier) montrent que le niveau de compétence moyen des adultes en France est en retrait de celui observé dans les pays de l’OCDE.

Au total, c’est bien la combinaison d’actions de longue haleine (visant également à soutenir l’effort d’innovation) avec des mesures visant à assurer les conditions de la profitabilité de l’activité en France qui permettra de retrouver une économie plus compétitive et donc plus à même de se projeter.

La revue Echanges Internationaux de la Chambre Internationale de Commerce et d'Industrie est disponible en ligne : voir le N°109 d'octobre 2017

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