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Emplois industriels : le levier de la compétitivité

Denis Ferrand, directeur général de Coe-Rexecode, a répondu à la "question du jour" du journal La Croix

30/11/2010

Denis FERRAND

L'annonce de plans de départs anticipés à la retraite dans des entreprises dont l'Etat est actionnaire a fait débat. La stratégie défensive qui consiste pour l'Etat à faire pression en faveur du maintien en France de telle ou telle production ne peut constituer une réponse efficace au recul de l'emploi industriel. Ce dernier est avant tout la conséquence directe de nos mauvaises performances à l'exportation. Pour renforcer notre industrie, le rôle de l'Etat est de créer en France des conditions de production favorables à la compétitivité des entreprises. Il n'en demeure pas moins que se séparer des salariés âgés est un choix de court terme qui peut engendrer une perte de compétence.

Question : L’Etat actionnaire est-il cohérent en laissant Renault se séparer de ses salariés âgés ?

Réponse de Denis FERRAND (propos recueillis par Alain GUILLEMOLES)

C'est vrai que l’État actionnaire a pu intervenir, par le passé, pour faire pression en faveur du maintien en France de telle ou telle production, comme cela a été le cas avec la chaîne d’assemblage de la Clio, chez Renault. Mais l’État doit surtout avoir un rôle pour créer les conditions de la compétitivité . C’est cela, le meilleur vecteur pour avoir la création d’emploi industriel en France. On a souvent une stratégie défensive qui consiste à dire qu’il faut conserver l’emploi. Oui, il le faut. Mais le meilleur moyen de le conserver est surtout d’être compétitif.

Or, l’industrie française perd des emplois , plus que les autres secteurs. Sur les dix dernières années, la France est, parmi les grands pays européens, celui qui a connu le plus faible progression de ses exportations de produits industriels. Ce recul sur les marchés extérieurs a pour conséquence un recul de notre production industrielle, un recul relatif des résultats d’exploitation des industries situées en France et un recul de l’emploi industriel. Durant les trente dernières années, l’emploi industriel, en France, n’a progressé que durant deux ans : en 1999 et 2000. C’était au moment du dernier point haut mondial de croissance industrielle, et alors que nous étions très aidés par le taux de change. Mais si on regarde chez nos voisins, on voit qu’il existe des pays européens, et pas seulement l’Allemagne, où l’emploi industriel a régulièrement progressé, jusqu’à la récession récente.

Il n’y a pas de fatalité dans la disparition de l’industrie, il y a une affaire de choix qui porte sur deux aspects : le maintien d’une compétitivité et la construction de compétences industrielles.

On l’a vu en France par le passé : dès que l’on a un redémarrage de l’activité, cela fait émerger des tensions sur le recrutement. Le choix de faire partir des gens âgés est donc un choix à court terme , qui peut nous créer des difficultés. On voit partir des compétences qui pourraient être mobilisables tandis que nous n’avons pas la possibilité d’en trouver de nouvelles rapidement.
De plus, cela pose un problème de transmission des compétences. De plus en plus, dans le monde industriel, il serait bien de réfléchir à des fins de carrière où l’on couplerait le maintien de la production avec une activité de formation et de préparation des personnes qui viendront remplacer ceux qui partent.

La Croix , édition du 25 novembre 2010

Article reproduit avec l'aimable autorisation du journal

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