Centre d’observation économique et de Recherche pour l’Expansion de l’économie et le Développement des Entreprises
14/01/2004
Michel DIDIEREditorial :Une croissance retrouvée mais encore fragile
Nous confirmons l'amélioration économique générale pronostiquée dans nos perspectives de septembre dernier. A l’époque, les informations dont on disposait reflétaient une conjoncture encore terne. On savait que la croissance américaine remontait vers sa tendance longue et que le Japon avait retrouvé une croissance légèrement positive, mais on constatait aussi que l'Europe était en stagnation. Le deuxième trimestre 2003 marquait même un léger recul du PIB.
Notre perspective de croissance française de 2 % pour 2004 était plus haute que la moyenne des prévisions. Elle se fondait sur un raisonnement économique plus que sur les tendances de l’époque. La conjoncture récente confirme notre hypothèse et l’amélioration devrait encore se poursuivre au premier semestre 2004.
L'Asie émergente a trouvé une ligne de croissance de 5 à 6 % l'an fondée sur la demande intérieure. Le Japon commence à maîtriser les risques des mauvaises créances du système financier. De façon générale, les marchés de capitaux traduisent un recul du risque, les taux d'intérêt sont historiquement bas et le prix du pétrole reste élevé mais est stabilisé. Enfin, la forte impulsion donnée à l'économie américaine par la politique budgétaire et la politique monétaire (de l'ordre de 7 points de PIB) se retrouve désormais dans la réalité. Dans ce contexte, à court terme, les obstacles à un rebond de l'économie mondiale et des échanges internationaux sont levés.
Si le rebond de 2004 est désormais à peu près assuré, sa solidité et sa durée restent en débat. Le désendettement des entreprises est amorcé aux Etats-Unis et dans une moindre mesure en Europe, mais il reste encore partiel et un processus de désendettement est toujours long. Quant à l'endettement des ménages, son niveau paraît élevé au regard des moyennes passées, et il s’alourdit encore. Un simple objectif de plafonnement de la dette nécessitera une nette modération des achats de consommation ou de logements.
On sait aussi que le rebond doit beaucoup à l'impulsion donnée par le déficit public américain. La question de la réduction des déficits se pose déjà en Europe et elle se posera plus encore aux Etats-Unis. Cette réduction imposera au plus tard en 2005 un prélèvement sur la croissance économique. Il faut enfin s’inquiéter des tendances divergentes entre les balances courantes des grandes zones mondiales. Des mouvements de change indésirables risquent de peser sur la croissance économique globale, et plus particulièrement celle de l'Europe. Nous en avons la preuve actuellement.
Au-delà du rebond de la croissance en 2004 au voisinage de 4 % l’an aux Etats-Unis et de 2 % en Europe, plusieurs scénarios sont possibles pour 2005. L'OCDE envisage dans ses dernières perspectives une poursuite de la reprise mondiale au même rythme en 2005, avec même une accélération pour l’Europe. Nous privilégions plutôt pour ce qui nous concerne l'hypothèse d'une correction de la croissance aux Etats-Unis (3,0 % en 2005 après 4,0 % en 2004) et dans un moindre mesure en Europe (1,8 % en 2005 après 1,9 % en 2004) sous réserve toutefois que l’euro revienne en 2005 entre 1,10 et 1,20 dollar. Ces tendances s’accompagneraient d’un début de normalisation des taux d’intérêt des banques centrales, aujourd’hui exceptionnelement bas. Un recul du dollar plus accentué, s’il se prolongeait, serait de nature à ralentir plus nettement la croissance européenne en 2005.


30/01/12
TVA sociale et compétitivité de l'industrie française, Michel Didier (Le Monde, Europe1)
Le Monde des 31 et 6 janvier, Europe 1 Midi, 5 janvier