Centre d’observation économique et de Recherche pour l’Expansion de l’économie et le Développement des Entreprises
29/09/2010
Denis FERRANDAlors que le premier semestre 2010 se présentait sous des auspices favorables, les dernières enquêtes montrent une inflexion probable de la croissance dans le monde. Le ralentissement apparu durant l’été marque, selon nous, la fin du rebond consécutif à la récession et l’entrée de l’économie mondiale dans une période de «convalescence». Notre prévision centrale retient pour la France une croissance du PIB en volume de 1,7 % en 2010 puis de 1,6 % en 2011. Selon nos prévisions, le taux de croissance de l’économie mondiale se modérerait à 3,7 % en 2011 après 4,4 % en 2010. Cette modération concernerait à la fois les économies développées et les économies émergentes. Plus des deux tiers de la croissance mondiale proviendrait de ces dernières en 2010 comme en 2011.
Dans les économies développées, la période de rebond a été de trop courte durée pour ramener la production à son niveau préalable à la crise et le retour à la tendance est encore lointain. Selon nos prévisions, la croissance du PIB serait de 2,7 et 2,3 % aux Etats-Unis en 2010 et 2011, de 1,6 puis 1,4 % en zone euro , de 1,6 puis 1,7 % au Royaume-Uni .
Point favorable, les conditions d’un redémarrage de l’investissement productif se réunissent.
Le cycle classique de productivité s’est déroulé aux Etats-Unis. Il a permis l’amélioration de la situation financière des entreprises dont le taux de marge s’inscrit à un niveau record. L’accès au crédit est en voie de normalisation. La progression de l’investissement productif a déjà été forte aux Etats-Unis, en Allemagne comme en France au deuxième trimestre. Il se poursuivrait à un rythme modéré tout au long de l’année 2011.
Le taux d’endettement des ménages américains a reculé de près de dix points de revenu disponible brut depuis son point haut précédent. Leur taux d’épargne a gagné près de quatre points de revenu depuis 2007. Les défauts sur les crédits à la consommation se replient. Ce n’est pas le cas pour ceux sur les crédits immobiliers. La situation financière des ménages américains s’améliorant, elle pèsera moins sur leurs dépenses que cela n’a été le cas en 2009 et 2010. Les observations sont moins tranchées en zone euro où le taux d’endettement des ménages est stable à un niveau élevé. Seule une faible progression du pouvoir d’achat de leur revenu interviendrait en 2011, limitant la progression de la consommation européenne.
Le rythme de croissance des économies émergentes a franchi un pic. Ce ralentissement, modeste, observé en Chine et au Brésil mais pas en Inde, ne s’amplifie pas. Il marque le retour à une trajectoire de croissance plus soutenable que celle excessive observée depuis un an. L’inflation a ainsi cessé d’accélérer dans la plupart des économies émergentes, Russie exceptée. Elle est limitée aux prix des produits alimentaires.
Le risque principal tient aux évolutions de l’économie chinoise.
Nous retenons le scénario d’un ralentissement sans heurts (avec une croissance du PIB de 9,5 % en 2010 puis de 8,5 % en 2011) où la consommation chinoise resterait soutenue. L’inconnue principale réside dans l’évolution de l’investissement immobilier. Il s’essouffle sous l’effet de mesures d’endiguement de la distribution du crédit mais sur fond d’un probable excès de construction dont l’ampleur reste délicate à apprécier.
En France , le retrait de la béquille budgétaire jouera à court terme dans le sens d’un peu moins de croissance en France l’année prochaine par rapport à 2010, sans toutefois conduire à une rechute de l’économie. Le rebond de l’investissement productif après deux ans de contraction est un point encourageant. Le point préoccupant est le nouveau et vif recul des parts de marché françaises à l’exportation relativement à celles de l'ensemble de la zone euro. Une croissance plus forte passera par une compétitivité accrue du système productif français.
Ces perspectives ont été présentées aux adhérents de Coe-Rexecode le 16 septembre 2010, lors de la réunion trimestrielle des Perspectives de l'économie mondiale .


04/05/12
La compétitivité, priorité du prochain président
Tribune parue dans Les Echos du 4 mai 2012